Il y a, partout en France, comme de l’électricité dans l’air, signe annonciateur du violent orage qui éclatera ce soir là sur
Paris. Il y a une atmosphère indicible, fruit d’un mélange à la fois d’impatience, d’espoir… mais aussi de crainte. « Tu cesseras de craindre en cessant d'espérer » disait Senèque. Or, en ce
mois de mai 81, la crainte est à la hauteur de l’espoir, immense.
Tout un peuple attend !
L’espoir, c’est l’avènement de la gauche, de l’élection de François
Mitterrand, celui qui deviendrait le 1er président de gauche de la Vème République… et ses 110 propositions pour faire de la France un pays solidaire, ouvert et respecté dans le monde…
La crainte, c’est de perdre face à Valéry Giscard d’Estaing, comme en 1974, avec 49,2%, et de laisser les clés du pays à la droite
pour encore 7 ans, avec Jacques Chirac, Raymond Barre, Charles Pasqua… Depuis longtemps pourtant les français attendent ce jour de victoire qui serait pour les uns et les autres un « jour
historique », « un bon jour pour la démocratie », « un jour de joie », le résultat d’une « audacieuse aventure »… mais l’heure est encore à la fébrilité et ce
dimanche d’élection semble long, très long.
Jusqu’aux résultats proclamés sur les chaines et les ondes et là, c’est l’enthousiasme, la liesse, l’explosion de joie populaire sur la place de la bastille et bientôt la fête.
L’équipe de campagne de Mitterrand, organisée autour du tandem Paul Quilès-Béatrice Marre avait anticipé la victoire et avait
appelé à un rassemblement populaire et festif place de la Bastille… la nuit sera longue et joyeuse. Mitterrand aura pris la parole quelques instants et terminera son allocution en disant : «
Des centaines de millions d’hommes sur la terre sauront ce soir que la France est prête à leur parler le langage qu’ils ont appris à aimer d’elle. »
Le premier véritable discours du Président Mitterrand sera le 21 mai 81: « En ce jour où je prends possession de la
plus haute charge, je pense à ces millions d’hommes et de femmes, ferment de notre peuple qui, par leur travail et leur sang, ont façonné l’histoire de France. C’est en leur nom d’abord que
je parle, fidèle à l’enseignement de Jaurès alors que, troisième étape d’un long cheminement, après le front populaire et la libération, la majorité politique des Français, démocratiquement
exprimée, vient de s’identifier à sa majorité sociale. »
Retrouver l’envie de « Changer la vie » !
Après deux septennats, 7 premiers Ministres, dont deux cohabitations, l’apport de Mitterrand et de la gauche aura été immense :
Abolition de la peine de mort, Age légal de la retraite ramené de 65 à 60 ans, 5ème semaine de congés payés, Libéralisation des ondes, Création du revenu minimum d’insertion (RMI),
Instauration de l’Impôt sur les grandes fortunes … et bien d’autres encore.
Nous retiendrons aussi de Mitterrand, celui qui savait incarner un Etat impartial et une France qu’il voulait debout, unie et
respectueuse de tous ses citoyens. Il n’aimait pas l’expression une certaine idée de la France de De Gaulle». « Je n’ai pas besoin d’une idée de la France, disait-il, La France, je la vis.
J’ai une conscience instinctive de la France … la passion de son corps vivant. L’âme de la France, inutile de la chercher : elle m’habite. »
Redonner l'espoir aux français !
Il ne s’agit pas de sombrer dans la nostalgie. Mais « un peu de mémoire ne peut pas faire de mal» comme le rappelle Paul Quilès. Au
contraire, nous devons agir pour faire en sorte qu’en 2012 le Président de la République, puisse, de nouveau incarner cette vision mitterrandienne de l’Etat : un Etat fort mais juste,
influent, respecté et respectueux, un Etat qui protège, qui donne le sens de l’action collective.
Il nous faut avec le même enthousiasme et engouement des « générations Mitterrand » redonner l’espoir aux Français, à toutes celles
et ceux qui souffrent, de redonner confiance en nos valeurs de justice, solidarité, démocratie, laïcité… de redonner rang à la France sur la scène internationale et redonner fierté aux
Français. Depuis plus de 16 ans, nous avons une présidence de la République de droite et depuis près de 20 ans des gouvernements de droite hormis la parenthèse Jospin, gouvernement qui
pourtant n’a pas à rougir de son bilan. Nous devons garder à l’esprit, en tant que militants socialistes et plus largement de gauche, que notre combat est contre la droite et l’extrême-droite
et les dérives d’une politique libérale qui casse, exclut et dresse les citoyens les uns contre les autres.
Rassembler la gauche !
Notre combat n’est pas ailleurs et gardons comme ligne de conduite le message que Mitterrand livrait aux militants socialistes au
congrès de Liévin en novembre 1994 : je crois pour demain comme hier à la victoire de la gauche, à condition qu’elle reste elle-même, qu’elle n’oublie pas que sa famille c’est toute la
gauche.
"Hors du rassemblement des forces populaires, il n’y a pas de salut". Les conditions de la réussite sont
réunies pour demain pour peu que l’on sache prioriser le programme avant de choisir la personne qui le portera, que les cassandres des sondages ne dictent pas nos orientations, que l’unité de
la gauche et des écologistes soit recherchée. Comme le rappelle l’ancien directeur de campagne de Mitterrand : « nous devons redonner l’espoir qui manque temps aujourd’hui à pays. Alors
peut-être une grande fête populaire le 6 mai 2012, cette fois… place de la République !
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