Dimanche 24 janvier 2010
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17:00
Jeudi dernier
des mouvements sociaux ont eu lieu dans toute la France pour la défense des services publics. Cette manifestation concernait aussi les services publics locaux qui sont gravement attaqués par le
pouvoir sarkozyste. Il faut bien le reconnaître le mouvement - non unitaire - a été peu
suivi. Pourquoi, et faut-il s'en réjouir ? .
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Pierre
Regnault
Personne n'aime perdre une journée de salaire, surtout si on ne sent pas une possibilité de faire plier à court terme le pouvoir en place. Les usagers
eux-mêmes sont assez mal à l'aise lorsqu'une grève perturbe gravement les services publics comme cela a été le cas à Paris dans les transports en commun avant noël.
La division syndicale explique en partie cette faible mobilisation. Mais cela ne suffit pas à comprendre cette atonie relative. Quelques éléments de réflexion que la
gauche, toute la gauche, doit prendre en compte :
1- La crise économique est mondiale et Sarkozy n'y pourrait pas grand chose. C'est à la fois vrai et faux. La crise globale puise sa source dans l'ultra libéralisme que
prônait Sarkozy et l'école de Chicago de Milton Friedman. Le G20 n'a pas pris
la bonne décision de séparer les banques d'affaires des banques de dépôt, ce qui a imposé aux gouvernements de "sauver" les spéculateurs au motif que cela "planterait" les banques de dépôt et
les épargnants ! Obama vient d'annoncer qu'il le demandait. Pas Sarkozy !
De plus si la France a un peu mieux résisté que les autres c'est à cause de son système social et de ses services publics que Sarkozy est en train de casser.
2- la politique sarkozyste devient intolérable et devrait soulever les foules ! C'est vrai.
Observons les dégâts du bouclier fiscal qui accroît les
inégalités, la richesse des riches, les rémunérations exorbitantes de certains patrons, y compris celles dans les entreprises publiques comme Proglio. N'oublions pas que Nicolas
Sarkozy prétend diminuer les impôts. En fait il en crée de
nouveaux mais payés par les moins aisés !
Le pouvoir d'achat régresse, le chômage continue de monter. 1 million d'entre eux va arriver en fin de
droit, dont 600.000 qui ne seront plus indemnisés. Alors que l'on annonce une réforme des retraites, on observe déjà une diminution du pouvoir d'achat de celles-ci,
notamment pour les plus petites et cela s'organise sans annonce fracassante.
Plus grave peut-être le pouvoir s'attaque aux collectivités locales en leur faisant les poches. Il veut leur imposer de réduire le niveau des services publics locaux,
pourtant gage de cohésion sociale dans notre pays.
En matière de logement, il confirme la baisse du
pouvoir d'achat de l'aide personnalisée au logement, réduit drastiquement les aides pour construire des logements sociaux et dans le même temps impose aux organismes de HLM d'en produire,
avec menace d'être pénalisés ffinancièrement s'ils n'y parvenaient pas !
En matière de santé, il remet en cause la capacité même des hôpitaux à exercer leur métier. Savez-vous que si par le passé il y avait des files d'attente pour passer des
examens, aujourd'hui pour se faire soigner d'un cancer - vous avez bien lu : se faire soigner - il faut accepter plusieurs mois d'attente ! Pendant ce temps là,
le cancer progresse. Dire que l'on a gaspillé entre 1 et 2 milliards d'euros dans la lutte contre la grippe A !
La re-centralisation des politiques publiques est impressionnante car elle touche tous les domaines. Mais beaucoup d'entre elles produiront des effets dans le temps. C'est l'une
des explications à l'absence de réactivité du corps social.
En matière d'insécurité, celle-ci a augmenté depuis 2002. Qui le dit ? Deux exemples : 39800 voitures brûlées en 2009 contre 15000 en 2002 et 455.900 victimes de
violence physique contre 362.000 en 2002. Et bien Hortefeux parade en disant qu'elle diminue. En fait, depuis septembre, à six mois des élections régionales, ordre est donné aux forces de
sécurité comme aux Préfets de réaliser moins d'interpellations pour faire baisser les chiffres ! On casse le thermomètre pas la fièvre ni la maladie ! Et Sarkozy est toujours contre la
police de proximité !
3- la volonté de tuer tous les contre-pouvoirs est manifeste. C'est le cas dans les médias où les télévisions sont contraintes de suivre le pouvoir. Si
Vincent Peillon a peut-être été maladroit en mettant en cause les journalistes, dans le faux débat entre Eric Besson et Marine Le Pen, il ne se trompe pas en accusant le pouvoir de main
mise sur l'audiovisuel public comme privé.
Observez bien le monde judiciaire qui est en train de se faire caporaliser dans les domaines les plus sensibles par la remise en cause du juge d'intruction.
Lisez attentivement le programme des nominations dans les grands groupes publics et privés.
La volonté de casser
les collectivités locales, qui se comportent trop en contre-pouvoir, puise là son unique motivation, car même à droite tout le monde reconnaît que commencer par diminuer les
moyens (réforme de la taxe professionnelle), décider des compétences ensuite et du mode d'élection est du "n'importe quoi". Cette recentralisation va non seulement à rebours de l'évolution
historique de toutes les nations, mais va à l'encontre même de la simple efficacité des
administrations publiques.
Le Parlement lui-même est ridiculisé, car amené à voter des lois toutes faites, sans pouvoir même en débattre, élaborées dans des instances de concertation entre le
MEDEF, autres lobbys et les conseillers du président.
Ce sont les bases mêmes de la République qui sont bafouées.Sans contre-pouvoir, la République n'est plus équilibrée. Chaque fois que les aspirations du peuple n'ont pas été
suffisament prises en compte, ça s'est mal terminé.
Avant 1789, ce sont les privilégiés qui faisaient les lois entre eux. Rappelez-vous la Commune de Paris, 1936 et plus près de nous 1968. A chacun de ces moments de l'histoire de
France, les pouvoirs en place n'écoutaient pas les aspirations du peuple et tentaient de museler les contre-pouvoir.
Le danger réel que court notre Pays, c'est celui des dégats causés par un pouvoir autiste, sûr de lui, centralisateur qui, dans un premier temps, comme aujourd'hui muselle les
expressions diverses et fait courrir de grands risques à la démocratie dans notre Pays.
Face à cette réalité grâve, sérieuse, le PS a la grande responsabilité de se donner un leader et un programme, de tout faire pour unir la gauche et les écologistes de
gouvernement pour offrir une véritable alternative aux luttes sociales.
La première étape est de sortir par le haut en gagnant les élections régionales et en tentant au mieux l'union avant, ou à défaut pour le second tour des
élections.
Si la division affaiblissait la gauche, l'ensemble des mouvements qui la composent, seraient responsables devant les français et devant l'histoire des régressions sociales et des
désordres qui s'en suivraient inévitablement.
Face à l'ampleur des enjeux qui sont devant nous, devant l'ensemble des démocraties occidentales, le rassemblement de la gauche et des écologistes en France est vital. Il
ne doit pas exclure dans ce contexte, à certains égards "pré-révolutionnaire", de s'élargir à un véritable front républicain dont le rassemblement de la gauche serait le moteur.
Publié dans : Politique
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