Dimanche 10 janvier 2010
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Philippe
Seguin, gaulliste social, leader de droite du non à Maastricht, avait une place particulière à droite et dans la sphère politique nationale. Retiré à la Cour des Comptes, il représentait une
sorte de magistère moral pour la droite et n'hésitait pas, de ce nouveau "perchoir" (il a été également président de l'Assemblée Nationale) à "tacler" le gouvernement et Sarkozy. Le hasard
m'avait fait le rencontrer en novembre dernier.
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Pierre
Regnault
En perdant Philippe Seguin la droite perd sans aucun
doute l'un des leaders qui inspirait un certain respect. Parfois la crainte, car ses avis de la Cour des Comptes, qu'il savait mettre en scène ne sont pas tendres pour Sarkozy et son
gouvernement. Quelques bonnes phrases :
"Réformer l'Etat ne consiste pas seulement à manier la
hache".
Interrogé sur le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, Philippe Séguin estime qu'en procédant "de manière mécanique, on risque
d'avoir de gros problèmes". "Dans le milieu hospitalier, par exemple, avant de supprimer les postes, il vaut mieux se pencher sur le fonctionnement des
services".
Sur la réforme de l'Etat, il déclarait en novembre dernier à la Gazette des communes: " Entre 1980 et 2006, l’Etat a augmenté ses effectifs de 400.000 fonctionnaires nonobstant
les différentes vagues de transfert vers les collectivités locales. Dans les secteurs concernés, il a, du coup, souvent gêné les collectivités dans leurs responsabilités
opérationnelles"
Ancien maire d'Epinal, il connaissait le monde des collectivités locales. Ce qui donne encore plus de relief à son analyse décapante de la décentralisation (lire son rapport), qu'il a laissé
produire par la Cour des Comptes. Il montrait ainsi qu'il était malgré tout, malgré ses attaches politiques de droite, resté un esprit critique. Et cette attitude en République est
précieuse ! A tel point que certains, même à gauche, estimaient que le vrai opposant à Sarkozy, c'était Seguin
!
Il avait vertement critiqué les dépenses de l'hyper-président lors de sa présidence de l'union européenne.
Cet homme politique atypique n'a jamais été autant trahi que par les siens comme l'expose Marianne2. Mais il faut bien reconnaître qu'il avait une
aura particulière, un charisme certain, des colères légendaires qui l'ont rendu célèbre. Sans doute aussi, le pupille de la Nation qu'il était, a-t-il voulu rendre à celle-ci ce qu'elle
lui avait donné. Car il avait le sens de l'Etat, de la Nation, de la République. Cet homme était minoritaire dans son camp, mais reconnu par ses adversaires politiques.
J'ai eu le privilège de le rencontrer, il y a peu dans son bureau à la Cour des Comptes, en tant que vice-président de la Fédération des Maires des Villes Moyennes, où il
nous
avait présenté, avec ses
collaborateurs, une réforme à laquelle il tenait, celle des juridictions financières de la République : Chambres régionales et Cour des Comptes. Et j'avoue qu'il m'avait convaincu.
Même si, comme Charles Wagner me le faisait remarquer en commentaire du papier que j'avais fait sur mon blog le 9 novembre
dernier, avec Sarkozy, cette réforme peut se révéler elle aussi comme une re-centralisation du pouvoir juridictionnel à Paris !
On peut craindre désormais que son remplacement à la tête de la Cour des Comptes soit l'occasion pour Sarkozy d'y placer un homme ou une femme plus docile. Sans doute. Mais la France ne se
laissera pas longtemps enfermer dans un pouvoir centralisé à ce point !
Publié dans : Politique
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