Mercredi 28 juin 2006
3
28
/06
/Juin
/2006
08:39
Ce vendredi 23 juin, j’étais invité, comme maire de La Roche-sur-Yon au 30ème anniversaire de l’entreprise PPRV (Peinture Papier Peint Ravalement Vitrerie). Jusque-là rien de bien original, direz-vous ! Sauf que cette entreprise yonnaise de second œuvre a été créée et s’est progressivement développée sous le statut de société coopérative ouvrière de production. Ce type de société est fondé sur des valeurs particulières de ce que l’on appelle l’économie solidaire. Sa réussite économique s'enracine dans une certaine conception des rapports humains et des relations entre le capital et le travail : ici, c’est l’homme qui est au cœur du système.
Ainsi, le mouvement coopératif, introduit la démocratie dans le fonctionnement même de l’entreprise, sur la base de principes simples comme celui de « un membre, une voix » . Une part des bénéfices est affectée aux réserves de l’entreprise, selon une règle prudentielle parfaitement rigoureuse qui constitue progressivement le patrimoine collectif des sociétaires. L’implication des salariés, la formation comme élément essentiel de la capacité de chacun à prendre sa place dans l’entreprise, ou encore la solidarité du réseau de l’économie solidaire que forment les entreprises coopératives, voilà donc tout un système de valeur à l’œuvre au quotidien et dans le concret… On est loin du triomphe loi de la jungle dont certains doctrinaires du libéralisme voudraient nous persuader qu’elle « naturelle » en économie.
Car, dans ces entreprises coopératives les résultats économiques et les résultats sociaux sont ensemble à la hauteur :
- une grande partie des salariés présents depuis plus de 2 ans deviennent associés de leur coopérative,
- le salaire moyen en SCOP est supérieur à celui en général des PME/TPE,
- 98% des SCOP font participer leurs salariés aux bénéfices contre 3% des PME de moins de 50 salariés,
- plus de 40% en moyenne des résultats annuels sont répartis aux salariés.
Et puis, à La Roche-sur-Yon, la SCOP PPRV a choisi de passer aux 35 heures dès 1999 ! Voilà une avancée sociale qui apporte une belle réponse à ceux qui pensent la réduction du temps de travail inapplicable aux PME/TPE.
La taille du gâteau
Mais derrière tout ça, c’est donc bien la question de la répartition des richesses produites entre capital et travail qui se pose. J’ai lu récemment que si nous utilisions actuellement en France la même clé de répartition que dans les années 1980, c’est 140 milliards d’euros de salaires qui seraient distribués en plus. Ils se trouveraient, pour l’essentiel, réinjectés dans l’économie à travers la consommation…et ils permettraient aussi le financement de politiques publiques… Comme quoi, quand on parle de partage des richesses, il ne faut jamais oublier que la taille du gâteau dépend aussi beaucoup de la façon dont on le découpe.
Ceci me rappelle un livre lu il y a quelques mois. Intitulé How to change the world ? Social entrepreneurs and the power of new ideas (Comment changer le monde ? les entrepreneurs sociaux et le pouvoir des idées nouvelles), il a été écrit par David Borstein, un important journaliste new yorkais. Je l’avais invité à l’automne dernier pour une conférence dans le cadre de notre festival de cinéma « En route vers le Monde ! ».
L’auteur américain accompagné de Fabio Rosa, un des ce ces entrepreneurs sociaux et d’origine brésilienne, me rappelait que si ces idées paraissent nouvelles, l’histoire des entrepreneurs sociaux ne l’est pas…Il pensait bien sûr aux coopérateurs, aux mutualistes, aux associatifs, à tous les acteurs de l’économie sociale et solidaire, à ceux qui développent le commerce équitable entre Sud et Nord et dont les succès, partout dans le monde, nous prouvent qu’il existe véritablement une autre économie possible, tout aussi efficiente, mais plus humaine et plus juste.
Vos réactions