Dimanche 28 décembre 2008
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Il faut lire « La stratégie du choc ; la montée d’un capitalisme du désastre », le dernier livre de Naomi Klein pour clairement mesurer ce qui se joue dans les grands
choix économiques de la société globalisée. Après « No logo », en 2000, dans lequel elle lançait la charge contre « la tyrannie des marques », elle s’attache désormais à établir un bilan
minutieux et planétaire d’une quarantaine d’années de libéralisme absolu à travers le monde.
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Pierre Regnault
Tout a commencé durant les années cinquante, à partir du département des sciences économiques de l’université de
Chicago, où Milton Friedman forma plusieurs générations d’économistes
radicalement libéraux à la croisade anti-keynésienne. Il ne s’agissait rien moins que de rétablir la souveraineté d’un marché débarrassé de toute contrainte et de faire refluer l’État, la
régulation économique et la protection sociale, bref de comprimer l’impôt pour libérer le profit, censé être beaucoup plus dynamique.
Sauf que les citoyens ne renoncent pas facilement à un système de santé, une école publique, la protection de la police aussi spontanément qu’un étudiant dans la tiédeur de sa bibliothèque.
Ce qu’a rapidement compris Milton Friedman, c’est qu’il fallait un électrochoc sociopolitique pour faire passer en force une « réforme » globale aussi audacieuse.
"Seule une crise, réelle ou imaginaire, peut engendrer un changement profond", Milton Friedman
En 1973, le coup d’état chilien de Pinochet,
lui offrira la première occasion de mettre en œuvre sa théorie, à travers des équipes de « conseillers économiques », très vite désignés comme les « Chicago boys » et largement soutenus par
les instances internationales du FMI et de la Banque mondiale. Le marché conclu avec les dirigeants se résumait à un échange entre des aides internationales élevées contre la privatisation
des services publics et l’ouverture absolue du marché local à la « concurrence internationale ». Le résultat fut toujours identique au Chili, en Argentine, dans tout le cône sud de l’Amérique
latine, mais aussi en Indonésie, en Pologne ou en Russie : un enchérissement considérable des conditions de vie, l’effondrement du tissu économique local, la perte de contrôle sur les
richesses nationales et la misère généralisée pour le plus grand nombre tandis qu’un petit groupe de spéculateurs (ou d’oligarques, comme on les nomma en Russie) s’enrichissait de façon
indécente. Et comme tout ceci ne va pas de soi, se met alors en place un système répressif sans pitié qui préserve le pouvoir par la terreur.
Cette orientation politique a connu ses « grandes figures » avec Reagan ou Thatcher, mais c’est avec l’arrivée de George W. Bush qu’elle a atteint son paroxysme. Grâce à une analyse serrée,
Naomi Klein montre comment le pouvoir américain a tiré profit du 11 septembre 2001 comme, plus tard, de l’ouragan Katrina (septembre 2005) pour radicaliser la
privatisation de ce qui était jusque-là considéré comme le domaine de l’État.
Bagdad semble être devenu le laboratoire de ce « capitalisme du désastre » où limitant le nombre de militaires engagés sur le terrain, malgré les demandes pressantes de
l’état-major, le Pentagone attribue à des sociétés comme Halliburton, Bechtel ou Blackwater le soin d’assurer le casernement des soldats, les services hospitaliers, la « gestion des prisons »
et la sécurisation de la « zone verte » où se trouvent implantés les principaux services d’occupation.
Cette même politique, sur le territoire des Etats-Unis, conduits à constituer de véritables « villes privatisées », édifiées, gérées et sécurisées par des sociétés privées. Au point que
Blackwater (qui serait chez nous une société de gardiennage) entretien une armée privée de 20 000 hommes, entraînée dans une énorme base « militaire » en Caroline du Nord, projetable
n’importe où dans le monde grâce à son aviation.
Non, je ne vous parle pas d’un film comme on en voit beaucoup, mais de la réalité d’aujourd’hui, dans le plus important pays du monde. Une réalité encore mal perçue, qui fait froid dans le
dos et qui nous menace tous directement.
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