Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /2008 08:28

On peut lui reconnaître ça : il n'arrête pas, notre président... de remettre en cause les droits acquis par les luttes du siècle dernier : détricotage des 35 heures, des contrats de travail. En 8 jours ce sont deux "avancées néo-libérales" qu'il impose : le travail le dimanche généralisé et hier la retraite à 70 ans !  Il va être temps de s'organiser pour le stopper.

Ô bien sûr, personne ne parle plus des retraites par capitalisation (rappelez-vous pourtant la campagne présidentielle) car les retraités américains viennent de comprendre avec la chute de Wall Street que leurs retraites s'étaient envolées avec la crise !

Par contre, sans aucune concertation, en fin de journée l'Assemblée Nationale vote un article qui repousse à 70 ans l'âge possible de départ à la retraite. Bien sûr aussitôt Fillon affirme que l'âge légal n'est pas modifié, que c'est une liberté de plus pour acquérir des points de retraite... ce qui confirme que nombre de salariés ne disposeront pas d'une retraite suffisante à 60 ans avec 41 ans de cotisation.

Au passage on oppose le privé au public en maintenant pour le public les 65 ans ....

Après la généralisation du travail le dimanche, ça commence à faire beaucoup, et il paraît que ça va continuer. Il est grand temps que le congrès de Reims du PS se termine avec une orientation, une stratégie et un leader pour que l'opposition, les pauvres, les démunis, les couches moyennes retrouvent une voix qui les défende.

Les français n'attendent pas seulement la victoire d'Obama. Ils attendent aussi que l'opposition de gouvernement, le PS notamment, retrouve sa place sur la scène politique française.

Quelle "valeur travail" ?

Cette politique régressive ne doit pas nous empêcher de réfléchir à l'avenir, à l'importance du travail pour disposer d'un revenu décent, mais aussi pour l'intégration sociale, la réalisation de soi. L'exemple des 35 heures et de l'âge de la retraite doivent nous faire réfléchir et retrouver une attitude offensive.

Oui, l'homme se réalise aussi dans le travail, qui pour certains, une minorité sans doute, est une passion qu'ils ne veulent pas abandonner même à 60 ans.

Oui, pour d'autres, la majorité sans doute, aller travailler est une obligation alimentaire,que l'on abandonne dès que l'on peut, y compris en utilisant encore le système des préretraites avant 60 ans ! Parfois c'est l'entreprise qui ne veut plus des "seniors" et les jettent, car ils coûtent plus cher que les jeunes !

Prenons trois exemples très tranchés pour illustrer la nécessité de réfléchir à des solutions adaptées à notre siècle :

1- un professeur de médecine de 76 ans- prix Nobel de médecine - était encore en 2001 professeur et directeur d'un centre de recherche de biologie moléculaire et cellulaire. A ma connaissance, il continue à travailler - à être utile - pour le bien de la science de la médecine et de l'homme.  Qui aurait exigé de lui qu'il parte en retraite à 60 ans ?

2- une femme de 54 ans travaille dans un abattoir de volailles en Vendée, dans des conditions très difficiles, avec à peine le SMIC, ne demande qu'à trouver un autre travail ou à partir en préretraite le plus  tôt possible. Qui peut critiquer cette attente légitime ?

3- un jeune de 28 ans, diplômé de sciences économiques (bac + 5), a du mal à trouver du travail, est au chômage depuis 2 ans. Il espère enfin en trouver un pour s'installer dans la vie avec sa copine et fonder un foyer. Qui ne comprend pas cette attente qui peut se transformer en révolte si elle n'est pas satisfaite ?

Ces trois exemples démontrent à l'envie que "la valeur travail" n'a pas le même sens pour tous selon la situation dans laquelle on vit. C'est cette réalité qui, par exemple, a brouillé la politique des 35 heures de la gauche.

Vouloir partager le travail a un sens pour ceux qui n'en n'ont pas.

Perdre du pouvoir d'achat, ou ne plus progresser, ne peut pas être accepté par ceux qui en ont peu.

Continuer à être utile à sa famille, à la société après 60 ans quand on est en pleine santé et avec des compétences tout à fait réelles - et tout le monde en a - peut être un choix de vie positif... si c'est le sien !

Ce n'est plus à démontrer : la question du travail est capitale pour l'homme et la femme du 21ème siècle. Mais un travail "contraint" ou "choisi", c'est un peu comme un temps partiel "contraint" ou "choisi". L'un est subit l'autre pas.

C'est bien l'HOMMME qu'il faut remettre au centre de toutes nos politiques. Ces questions difficiles seront au coeur du changement à proposer pour l'après sarkozysme.

Autant y réfléchir maintenant AVEC les partenaires sociaux, les chercheurs, les habitants eux-mêmes pour anticiper les mutations qui feront du 21 ème siècle un siècle heureux ou un siècle d'un nouvel esclavage.

Publié dans : Editorial
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