« Non ce n’est pas la démocratie qui est obscène ! C’est la scène républicaine qu’il faut sauver de l’obscénité, au moment où la politique devient le « tout-à-l’égo » d’un pays en proie aux tyrannies de l’audimat, de l’émotif et de l’intime. ». C’est en ces mots que Régis Debray résume son petit livre commis cet été, chez Flammarion, après une campagne des présidentielles particulière et seulement quelques mois de sarkozysme. A lire !
« Le démocrate nouveau est arrivé…. Ouvert(e).
Sympa. Blessé(e).Chantant les feuilles mortes à la télé ou roulant en rollers sur le macadam parisien. Blouson en cuir et
santiag. Crédible parce qu’authentique. Tel qu’en lui-même enfin. Le bureau donne
sur la chambre. Sans hypocrisie. Traduisons en bon latin : obscène».
Ob-scenus : ce qui reste d’un homme lorsqu’il ne se mets plus en scène (ob : à la place de, en échange de). Tel est le premier sens du mot, dont le second fut conséquemment : sinistre de mauvais augure. Le pluriel neutre, obscena, désignait les excréments..
….Obcène un pays qui ne décolle plus de ses lucarnes, fasciné par ses propres reflets sur un écran miroir….
Mais l’analyse va plus loin sur la politique de l’Etat modeste par exemple : « Les pauvres ont toujours intérêt à un Etat bien pourvu, pourvu qu’il redistribue, mais les riches préfèrent l’Etat pauvre et amaigri, et on peut les comprendre si ce sont eux qui le financent. » Alors il faut chasser le gaspi … « pour mieux faire oublier la centaine de Haut Comités, Commissions Supérieures, Hauts Conseils, Observatoires et autres autorités administratives indépendantes qui monnayent parfois à grand frais… »
Et l’Etat que l’on veut absolument modeste, quitte à se pavaner dans des palaces, jets et bateau privés de
milliardaires amis du pouvoir. C’est aussi oublier que la République a besoin de représenter la puissance et qu’il n’est jamais bon de la rabaisser :
« C’est parce que la République est une idée abstraite, une transcendance immanente qu’elle a besoin d’emblèmes, d’enceinte et d’apparat. Le vote : pauvre rite, mais rite encore.
L’école communale, la mairie où se dresse l’isoloir, où se tient le registre, où il est fait appel de votre nom à haute voix, où nous glissons dans l’urne un rectangle de papier : pauvre
sanctuaire, mais lieu à part »….
Que de belles pensées à méditer. Car oui, il faut se demander qui a intérêt à rabaisser la République ? Comme le dit si bien Régis Debray : « Etat modeste, Medef arrogant. Toute l’histoire de France illustre cette bascule… ».

Laurent Joffrin













