Mardi 2 octobre 2007 2 02 /10 /Oct /2007 21:14
D’après l’INSEE, le taux de pauvreté en France a atteint son plus haut niveau depuis qu’elle le mesure, passant de 11,7 à 12,1% de la population. Ce seraient ainsi 260 000 personnes de plus qui seraient devenues pauvres en 2005 (derniers chiffres connus).

Si l’on en juge à l’aune d’un sondage publié le 26 septembre par le Secours Populaire Français et l’IPSOS, le phénomène aurait pris une dimension plus profonde encore puisque la moitié de nos concitoyens déclarent connaître des pauvres dans leur entourage que près d’un tiers d’entre eux admettent avoir connu une telle situation. Donc, non seulement le phénomène s’approfondit, mais un décalage se creuse entre les critères officiels et le jugement des Français sur un phénomène qui les inquiète pour eux et, plus encore, pour les générations futures.


3 Français sur 10 ont connu une période de pauvreté


Selon le sondage mentionné (réalisé par téléphone les 24 et 25 août 2007 sur 1013 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus, selon la méthode des quotas) 45% des personnes avoir failli connaître une telle situation à un moment de leur vie et si, 15% d’entre eux ont réussi à y échapper, 30% déclarent n’avoir pas pu éviter la pauvreté.

Encore doit-on considérer qu’il y a là certainement une sous-déclaration d’événements qui charrient leur lot de souffrance et de honte. Néanmoins, la carte des risques est clairement tracée : on trouve des foyers vivant avec moins de 2000 euros par mois (43%), les catégories populaires (35% chez les ouvriers et chez les employés) et les femmes (33%) plus encore que les hommes (26%).

Significatif aussi, le baccalauréat, pourtant largement décrié, représente un bouclier anti-pauvreté, puisque la proportion de personnes ayant connu la précarité est deux fois moins importante chez les titulaires de ce diplôme que chez les non-titulaires.

Enfin, il faut bien considérer que la pauvreté augmente avec l’âge pour culminer à 40% chez les 45-69 ans.

D’une manière générale, 56% de nos concitoyens connaissent un proche en situation de pauvreté et, pour 27% d’entre eux, cette personne vit au sein de leur propre famille.

Ainsi, dans leur froideur, les chiffres disent clairement l’insupportable : au début du XXIème siècle, malgré les immenses progrès enregistrés dans les pays les plus riches de la planète, loin de diminuer, la pauvreté croît ! Et, face à ce risque, désengagement de l’État et du département se conjuguant avec l’individualisme, près de 4 Français sur 10 n’ont pas la certitude d’être soutenus en cas de coup dur.


4 Français sur 10 ne seraient pas soutenus en cas de coup dur


Dans ce cas, 63% estiment qu’ils pourraient bénéficier d’une aide alimentaire ponctuelle, mais 27% seulement pourraient compter sur un soutien durable. Un quart seulement (24%) disposeraient d’un endroit où se loger –et encore, sur un temps limité-. Et la proportion de ceux qui seraient assurés de trouver un toit diminue avec l’âge : de 72% chez les moins de 35 ans, elle tombe à 45% chez les plus de 60 ans.

Quant à l’aide matérielle, 46% y comptent de façon provisoire mais seulement 17% sur une longue période (13% pour l’aide financière).

… Vraiment, ceux qui trouvent ringard que nous nous préoccupions de solidarité plus que de marchandise sont encore plus aveugles qu’égoïstes !


Par-delà les nouveaux pauvres, une nouvelle pauvreté


Aujourd’hui, pour les Français, le seuil de pauvreté se situe à 1016 euros par mois, soit très près du SMIC (1005 euros nets par mois) alors que l’INSEE l’évalue encore à 750 euros. Derrière ce chiffre, le débat sur les conditions d’une vie décente se trouvent en débat.

Car, dans le contexte actuel, c’est aussi la forme de la pauvreté qui évolue. Vu à l’aune de la société contemporaine, la pauvreté c’est, certes, ne pas pouvoir se procurer une alimentation saine (pour 91%) ni supporter les charges de son logement (pour 90%) ou encore ne pas pouvoir payer certains actes médicaux non remboursés (pour 89%). Mais c’est également ne pas pouvoir s’acheter des vêtements convenables (pour 78%), ni envoyer ses enfants une fois l’an en vacances (pour 74%) non plus qu’accéder à des activités culturelles ou de loisirs (69%).

Manifestement, les Français portent sur cette situation un jugement clair : être pauvre ne se définit pas seulement par un niveau de revenus inférieur à un minimum, mais par une situation sociale inéquitable compte tenu de ce à quoi la majorité de nos concitoyens sont censés accéder. Qui disait que l’idée d’égalité était une idée morte ?



Publié dans : Vivre en ville
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