Jeudi 28 juin 2007 4 28 /06 /Juin /2007 08:00

Refonder notre approche de l’économie, mais comment ?

Refonder, oui. Mais, comment ? Paresseusement, en réutilisant la recette éprouvée de la social-démocratie ? Certes, elle a réussi en Allemagne et en Europe du Nord dans les années soixante, mais son temps n’est-il pas passé ? Établie sur la base d’accords entre grandes entreprises industrielles d’un côté, syndicats puissants de l’autre, avec l’État comme arbitre, elle avait pour visée d’assurer un système de protections collectives institutionnalisées.

Sa condition de réalisation reposait sur l’existence d’un capitalisme industriel prospère et stable (le fameux capitalisme « rhénan »), qui ne correspond plus à la situation présente. Désormais, la mondialisation est un fait qui a changé en profondeur l’économie et la société. Et le syndicalisme puissant d'outre-Rhin n'existe pas de en France.

Plus d’internationalisme et plus d’individualisation

Nous devons y répondre d’abord par un internationalisme renouvelé et actif. Les inquiétudes environnementales et la question du développement durable posent le problème de l’avenir de la planète et de l’espèce sous un jour différent. Nous ne pouvons plus attendre en nous satisfaisant de gesticulations diplomatiques sans effet concret. Il est impérieux que chacun, à son niveau, prenne en compte ces nécessités, à commencer par nos collectivités locales, attendues aussi sur la question de la coopération décentralisée.

Ensuite –c’est une banalité aux conséquences réelles-, l’individu a émergé. Non pas l’individualisme, au sens égotique, mais l’être humain, avec ses besoins croisés de liberté, d’expression individuelle, de responsabilité et de protection face aux difficultés de la vie. Nos systèmes sociaux (protection sociale, éducation, formation au long de la vie, emploi…) doivent accompagner cette évolution en abandonnant progressivement les dispositions trop globales au profit de systèmes plus souples et personnalisés, adaptés aux particularités des bénéficiaires.

Face au « court-termisme », une gouvernance contractuelle

Enfin, l’horizon de la décision a changé. Durant les trente glorieuses, on pouvait dessiner des plans à long terme, sur 7 ou 10 ans. Aujourd’hui, c’est à très court terme que les marchés changent et que les directions des multinationales réfléchissent et rendent des comptes (tous les 3 à 6 mois). Il est évident que cette situation pose une question de gouvernance collective. Car, si dans trois mois les fonds de pensions qui avaient sauvé une usine retirent leurs capitaux pour les faire fructifier ailleurs, les salariés, les fournisseurs et le tissu économique local, eux, seront toujours là.

Nous devons donc apprendre à gérer les relations entre un puissance publique, un secteur public responsable du bien-être à long terme et des investisseurs sans racine et soucieux de rentabilité immédiate, si différents de la figure traditionnelle du maître de forges avec lequel nous nous étions habitués à gérer un rapport de forces localisé. 

Autrement dit, la ligne de front a changé et nous devons adapter nos moyens de négociation.

Dans ce contexte, la contractualisation représente un bon levier pour établir un accord gagnant-gagnant : si l’entreprise s’installe chez nous, c’est qu’elle y trouve son compte. Nous aussi. Alors, élaborons un accord, aussi adapté à la situation que possible (depuis l’avantage fiscal, jusqu’à la prise de participation publique) pour nous efforcer de le gérer en partenaires comptables de leurs intérêts respectifs. Et, si les conditions de production ont tellement changé que les capitaux extérieurs envisagent de se retirer, conditionnons ce retrait par les compensations les mieux adaptées à la situation locale du moment, avec le souci de rebondir plutôt que celui de maudire. 

Longtemps, le modèle de développement a été celui de villes confondues avec leur entreprise-phare : Peugeot à Sochaux, Michelin à Clermont-Ferrand, les Schneider au Creusot et Bata à « Bataville ». Désormais, les territoires doivent pouvoir « réussir leur divorce » avec une entreprise pour recomposer autrement une  « famille » solide et heureuse de travailler. Et ce « divorce intelligent » doit préserver au mieux les « enfants ». À la différence près que dans ce cas, ce ne sont pas les parents qui décident de la garde alternée, mais les enfants eux-mêmes, c’est-à-dire les citoyens qui apprennent à préserver par eux-mêmes leurs intérêts. 

Développer le goût du risque, le plaisir d'entreprendre avec une nouvelle "protection sociale" pour vivre mieux, avoir du "bon temps" !
 

Même si, et c'est une nouvelle frontière à conquérir, il importe que la puissance publique construise une véritable sécurité sociale professionnelle -pas celle de la droite qui n'en est pas une- qui permette à tout individu, salarié, entrepreneur ou créateur d'entreprise, de développer d'autant mieux son sens de la responablité et son goût du risque, qu'il sera assuré d'une protection réelle face aux accidents ou aux échecs. 

Une sécurité sociale professionnel qui joue le rôle d'une vraie famille : développer l'envie de voler de ses propres ailes, être confiant en l'avenir et apprendre le sens des responsabilités et du plaisir de les exercer. En fait c'est aussi aller vers des horizons ou le "temps", chose la plus rare en ce monde, soit du temps utile, du temps agréable, du "bon temps", que même le travail devienne source de plaisir. Retrouver des perspectives, avoir "la vie devant soi", voilà des perspectives nouvelles !   



 

Publié dans : À lire
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Commentaires

Très bon texte !  il faut inventer une nouvelle sociale démocratie. C'est possible à condition d'y travailler plutôt que de se diviser.

Commentaire n°1 posté par Bernadette le 01/07/2007 à 21h13
Merci Bernadette. En effet, il est difficile de réfléchir tout en pensant aux croches-pieds que l'on pourrait faire comme à ceux que l'on pourrait subir ! Or, nous avons vraiment besoin de nous prendre la tête à deux mains et de discuter, discuter encore, discuter toujours. Librement.
Réponse de Pierre Regnault le 02/07/2007 à 21h27

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