De telles catastrophes ne peuvent, ne doivent pas laisser indifférents. Bien sûr aux vies
humaines ainsi perdues, aux blessés qui toujours porteront le stigmate de cette catastrophe. Il nous faut aussi compter les dégâts matériels au regard d'une économie qui aurait peut-être pu
les éviter.
Ce doit être l'occasion d'une remise en cause de nos pratiques antérieures, de progrès
pour l'avenir, mais aussi d'une vraie réflexion sur la notion de risque, risque inhérent à la vie elle-même ! Plusieus catastrophes sont venues imposer un principe désormais
constitutionnel : le
principe de précaution. Citons le sang contaminé, l'amiante, la vache folle, les OGM, les
ondes électromagnétiques mais aussi les catastrophes de FURIANI et plus récemment la tempête XINTHIA. La Charte de l'environnment adoptée en 2004 a élevé au rang du droit constitutionnel ce
fameux principe de précaution ! Ceci fait débat et est parfois contesté, notamment par la commission
ATTALI.
Sans vouloir prétendre à l'exhaustivité, ni à aucune vérité, prenons ces 2 exemples
:
FURIANI a été l'exemple
d'une prise de risque exagérée, non anticipée, d'un enchaînement de décisions prises sous le feu d'un évènement sportif extra-ordinaire pour la région. La recherche de gains financiers, ou
simplement l'envie de profiter d'un tel évènement pour lui donner plus de retentissement en ne perdant pas d'argent, ont créé les conditions favorables à une
catastrophe.
S'ajoute souvent, pour qu'un tel "accident" ait lieu, un enchaînement de faits qui,
survenant en même temps, augmente le risque dans des proportions "imprévisibles", à tel point que ces faits "cumulés" en une unité de lieu et de temps apparaissent comme un concours de
circonstances apparemment imprévisible, qui semble ressortir d'une sorte de fatalité, qui pourtant, après réflexion, n'en est pas !
L'appât du gain, la vanité humaine, l'orgueil, ou tout simplement la passion pour quelque chose
- ici le foot - inhibent toute une série de signaux d'alerte qui auraient dû empêcher cela !
Une telle épreuve humaine ne peut rester sans suite. Ce fut le cas après FURIANI. De
nouvelles
normes de sécurité, de
construction, d'organisation de manifestations furent imposées à juste titre. Dans cette phase de l'après catastrophe, il est classique d'observer que le curseur de la sécurité, trop
longtemps ignoré, est brutalement remis au centre du jeu, parfois beaucoup trop fort. Comme si après avoir été trop laxiste, on voulait rattraper en cette fois toutes les
précautions possibles au nom du fameux "principe de précaution" qui édicte clairement dans le cadre de la loi Barnier :
« l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas
retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement
acceptable ».On le sait ce principe de précaution, poussé à l'extrême, entraîne des conséquences humaines et/ou économiques très lourdes et peut sous certains aspects, être le
contraire d'un autre principe qui lui devrait s'appliquer en toutes circonstances : la responsabilité.
XINTHIA en est un autre exemple, dont il
est encore difficile de tirer toutes les conséquences. Pourtant là-aussi, on est bien obligé de reconnaître que les causes comme les responsabilités sont multiples, que
les enchaînements : pressions touristique et immobilière (et ceux qui "poussent" sont nombreux), appât du gain créant les conditions pour que que ni les élus, ni les pouvoirs
publics d'état n'exercent pleinement leurs responsabilités, concours de circonstances malheureux et improbables qui permettent une telle catastrophe. La conjonction d'une grande tempête,
orientée dans le cours d'une rivière, avec une marrée très haute était effectivement improbable mais possible !
La justice fera sans doute la lumière, mais on peut affirmer sans risque de se tromper que, dans des proportions sans
doute différentes, les responsabilités sont multilples, hélas !
Aujourd'hui le temps est venu, trop tard (!) de prendre des décisions difficiles mais qui, s'inspirant du principe de
précaution, interdiront drastiquement le droit de construire en zone inondable. Cela semble frappé au coin du bon sens. Même si la façon de faire peut être contestée, la concertation
mieux faite, ceux qui sont conduits à abandonner leur maison auront évidemment du mal à l'accepter et se battront, quoi de plus légitime, pour être correctement
indemnisés.
Pourtant cela inspire à beaucoup des réflexions qui auraient du être portées plus tôt sur la place publique
!
Les maires doivent appliquer la loi mais subissent des pressions tellement fortes dues au poids de la pression
économique du touristime qu'ils ne peuvent assumer seuls si l'Etat ne se porte pas, comme c'est son devoir, garant de l'application stricte de la législation !
En ce sens le principe de précaution est positif car il oblige à voter des lois prudentielles, veillant à préserver
tant les vies humaines, les biens que la nature.
Principe de précaution contre principe de responsabilté ?
S'il est appliqué de façon par trop restrictive, il peut avoir l'effet inverse et pousser à ne pas prendre ses
responsabilités, ce qui peut être encore plus grave. C'est notamment le cas en matière de médecine. Ainsi dans le bulletin l'académie des chirurgiens
dentistes, Robert Regard déclare que le principe de précaution poussé à l'extrême
"peut entraîner la crainte de la part des praticiens de voir leur responsabilité trop souvent mise en cause et, par conséquent, l’abandon des soins dits à
risque (même inconnu)."
Ce principe de précaution poussé à l'extrême, dans certains cas, peut effectivement être
contre-productif.
Prendre le maximum de précautions oui ! Notamment face aux pressions économiques.
Mais n'accepter aucun risque : non ! En particulier le risque de soigner, d'entreprendre, de
créer.
La notion de risque est inhérente à la vie elle-même. Ne prendre aucun risque, c'est ne pas accepter de vivre,
d'entreprendre... La vie comporte des risques qu'il convient d'assumer... avec plaisir même, car c'est aussi le sel de la vie. Mais ces risques doivent être évalués, mesurés, imprégnés d'une
certaine éthique comme le fait le gouvernement du Québec qui dans les 10 principes qu'il édicte pour encadrer le principe de précaution met en avant l'objectif de pouvoir assurer
un "avantage net global pour la société" !
Il faut donc travailler à encadrer le principe de précaution, réhabiliter la notion de
risque raisonnable, donc de prise de responsabilité !
C'est
sans doute simplement réhabiliter aussi la notion "d'équilibre" qui doit exister en toute chose ... C'est là que la philosophie reprend ses droits comme au temps du siècle des Lumières...
puisque philosopher veut dire selon ses origines grecques "amour de la sagesse".
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